« Noureev n’a pas eu une carrière, il a eu un destin », interview avec Ariane Dollfus

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« Soyez amant du beau », c’est avec cette citation de Carlo Blasis qu’Ariane Dollfus commence la biographie de Rudolf Noureev. Parce que lui, il était le plus grand amant du beau et cela se sent encore, même plusieurs années après sa mort. La surprise que je vous prépare depuis un moment est enfin arrivée. Si vous aimez le beau, ce cadeau va vous plaire. Je vous présente l’interview que j’ai fait avec Ariane Dollfus, l’auteure de « Noureev l’insoumis », publié chez Flammarion et commissaire de l’exposition du même nom à la Mairie du 17 arrondissement de Paris. Je voudrais remercier Mme Dollfus pour le temps accordé et son pouvoir de mettre des mots derrière un art et un personnage fort émotionnels.

G: Bonjour, on va commencer avec quelques questions sur la biographie. D’abord, comment avez-vous organisé le processus de recherche sur la biographie ? Le livre est vraiment très, très bien documenté et comme vous le dites dans le prologue  vous avez fait plus de 100 interviews, vous avez consulté des documents de la Préfecture de Police, etc. Deuxièmement, est-ce que c’était difficile de rassembler tous ces documents ?

A. D.: Effectivement, les sources étaient multiples.

Il y avait les sources directes, c’étaient les interviews et ça pour moi c’était très important et c’est sans doute ce qui était le plus riche –  de rencontrer des gens qui ont travaillé avec lui et, vous l’avez vu à la conférence, Jennifer Goubé (ndlr. danseuse de l’opéra, qui a travaillé avec Noureev, aujourd’hui directrice de l’European Dance Center à Paris) elle parlait formidablement bien. Tous les gens qui l’ont connu ont parlé formidablement bien de lui. Ça c’était la première source forcément subjective parce que  chaque personne parlait en fonction de la manière dont elle l’a connu, de la manière dont il les a apprécié, Noureev n’aimait pas tout le monde, mais au moins c’étaient des témoignages vécus. Ça c’est la première chose.

La deuxième chose c’est aussi beaucoup les vidéos, les DVD. Tous les DVD  qui existent sur Noureev, je les ai bien décryptés. Il y a un DVD, par exemple, sur la période avec Margot Fonteyn, un DVD très bien qui s’appelle Fonteyn-Noureev, the perfect partnership. C’étaient de multiples sources, notamment des gens qui étaient morts. C’était aussi très important de parler anglais, parce beaucoup de sources étaient anglo-saxonnes. Malheureusement, je ne parle pas russe donc je n’ai pas eu accès à des sources russes même si elles étaient forcément un peu limitées. Je suis allée à New York pendant une semaine, et là il y a un lieu extraordinaire qui s’appelle Public Dance Library. Là, il y avait tout le fond Noureev qui y était, des archives de Noureev, qui sont maintenant, pour une part, visibles à Pantin au Centre National de la Danse, mais qui n’y étaient pas à l’époque où j’ai travaillé sur la biographie.

Et puis il y a les coupures de presse de l’époque, vraiment beaucoup, dont les fameuses coupures que vous voyez dans l’exposition, qui datent de 1961. Et puis de la presse anglo-saxonne, alors là, je suis allée chercher à l’American Library à Paris.

Les dernières sources sont les biographies déjà  publiées, notamment des biographies américaines. Il y en a deux qui étaient très riches et surtout leurs notes, comme je fais, moi aussi, elles citent leurs sources. Donc, je suis allée chercher les articles en question, à New York Times, Newsweek et d’autres. J’ai fait des photocopies de tous ces articles-là qui m’ont permis de reprendre des citations. C’est à peu près tout.

Qu’est-ce qui vous a marqué dans les interviews que vous avez fait avec lui ?

Ah ça remonte à loin… La première, c’est celle que je raconte dans la préface. La première fois que j’ai eu affaire à lui, face à lui, c’était…Iimaginez quelqu’un qui  vous regarde droit dans les yeux, qui marche en claquant les pieds  et vous devez l’arrêter et lui dire : « Bonjour, je suis journaliste. » Et là, vous vous dites : « Non, mais il a autres choses à faire… ». Il était un peu méchant, assez dur. Il ne pardonnait aucune question qui pouvait lui sembler soit idiote, soit inadéquate, ou malvenue. Je me souviens par exemple d’une interview. A Paris il avait toujours une amie qui était toujours disponible, elle s’appelle  Douce François. Elle envoyait son courrier, elle le déplaçait en voiture, elle répondait  à son téléphone, elle lui achetait des chaussettes. Elle était d’une disponibilité à toute épreuve. Elle avait une toute petite voiture. Un jour j’ai fait l’interview dans cette voiture. Noureev était devant et elle, elle conduisait. A un moment donné je lui (ndlr. A Noureev) ai parlé de l’Union Soviétique, de ce qu’il pensait de la « pérestroïka » et il m’a dit « Next question ! ». Et là j’ai compris, mais j’avais tenté le coup, j’étais bien obligée. Oui c’était quelqu’un de difficile.

Qu’est-ce que pour vous Noureev ? Qu’est-ce que son histoire, sa personnalité, son art représentent pour vous pour arriver à un stade où vous écrivez même une biographie de lui?

Il y a des gens qui sont admiratifs de Madonna, de Michael Jackson et moi c’est Noureev. La première fois que je l’ai vu danser j’avais 12 ans et c’était terrorisant pour moi parce que j’avais très, très peur d’être déçue. Mais vraiment très, très peur, genre j’étais malade plusieurs jours avant parce que Noureev dans les années 60-80 pour ceux qui aimaient la danse, c’était la grande star. Comme Callas pour les amateurs de l’opéra, Maradona pour les amateurs de foot.

Et donc quand j’avais 10 ans j’ai reçu un livre sur Noureev, et quand je l’ai reçu je me souviens très bien, je me suis dit : « Un jour, moi aussi,  je vais écrire un livre sur Noureev». Et voilà, j’ai mis trente ans mais…

Et alors, après, j’ai fait Sciences Po, parce que je pensais que c’était une bonne  école qui donne une bonne culture générale et c’est vrai que Noureev a rejoint mes deux centres d’intérêt. A Sciences Po on étudiait beaucoup l’histoire contemporaine et la politique et ce que j’ai adoré en travaillant sur Noureev c’est que ce n’est pas seulement un artiste. Il est vraiment emblématique de la seconde moitié du 20ème siècle. Il représente son siècle. Il représente son temps. Il va au-delà de la danse et voilà, du coup c’était très intéressant de l’étudier, de ne pas se limiter à Noureev danseur.

Oui à un moment donné dans le livre vous dites qu’il est devenu un symbole politique malgré lui.

Oui parce qu’il ne s’est jamais considéré comme un déserteur, jamais. Il a juste cherché à être lui-même, de faire ce qu’il voulait, parce que c’était un esprit libre. Et qu’il n’avait plus le choix aussi. Et c’est ça que j’ai découvert aussi, en étudiant cette période précise de sa vie, c’est que ce n’est pas du tout un acte héroïque. Il était pétrifié de ce qu’il était en train de faire, mais vraiment pétrifié. Quand il dit « J’ai jamais eu peur de ma vie » c’est non. Il a même eu peur de la police française, quand on l’a ramené à Paris, il se disait « On va me livrer à la Police Soviétique » Imaginez son angoisse.

A chaque fois que je vois Noureev danser ça me donne des frissons. A chaque fois je n’arrive pas à expliquer ce qu’il a. Quelle est cette chose qui le rend si exceptionnel ? Ce n’est pas vraiment que la danse, la technique. Il y a quelque chose au-delà de cela. Est-ce que vous pouvez décrire cette chose qui est en lui ?

J’ai essayé de l’expliquer dans le livre. Surtout ce qui était intéressant, c’était de demander aux danseurs, ceux qui avaient dansé avec lui et ils disaient tous que c’était un fauve. La métaphore animale est reprise par beaucoup de gens et je pense qu’il y a quelque chose là, ce n’est plus un homme, ce n’est plus un danseur, un félin, c’est énigmatique. Il y a quelque chose d’inhumain en lui puis il y a le charisme. C’est un danseur de l’Opéra, une étoile qui me disait : « Quand il tombait, quand il faisait une erreur il disait : « Good boy, you’ve tried ». Il n’avait pas peur de prendre des risques et il dansait de lundi au dimanche inclus, dimanche matinée –soirée. Il était complètement fou, il aurait dû se blesser, mais il dansait même quand il était blessé. Et puis il était beau et photogénique! Ça compte aussi !

Vous êtes commissaire de l’exposition qui a lieu à la mairie du 17ème. D’abord, est-ce que ce sont toutes les photos que Francette Levieux avait pris de lui ?

Non, ah non. Elle a un cahier qui fait plusieurs pages.

Comment vous les avez choisies ?

Alors, ce n’est pas moi qui les ai choisies. C’est un danseur de l’Opéra. Cette expo – là, sans compter les photos derrière, ça provient d’une autre exposition qui a été conçu au Conservatoire national de musique et de danse à la Villette en 2000. C’est très intéressant d’ailleurs de voir un choix de danseur. Il s’appelle Francis Malovik, il était dans le corps de ballet de l’Opéra quand Noureev a dirigé le ballet et notamment à la création de La Bayadère, c’est lui qui joue le grand Brahmane. A la mort de Noureev il était l’un des six danseurs qui ont porté son cercueil à l’enterrement. C’est un moment très émouvant. Moi avec Francette, on a reconfiguré un peu la mise  en place et puis moi j’ai fait les vitrines et j’ai choisi les vidéos, pendant la conférence et celles de l’exposition.

Quel est le message que vous voulez passer à travers cette exposition ?

Le message que chacun voudra se faire. C’est drôle, je n’y ai pas pensé. J’avais envie de montrer, parce que c’est curieux, ce lieu. Il y  a des gens qui viennent parce qu’ils aiment Noureev, puis 90 % des gens passent par là parce qu’ils vont au tribunal, ils vont chercher un passeport, une place en crèche, ils ont rendez-vous avec une personne de la mairie et hop ils découvrent, « Mais qui est ce beau danseur ?! Tiens je vais aller voir de plus près. » Il y avait un but aussi pédagogique. Et ensuite, expliquer à travers les vitrines qui est ce personnage. Faire découvrir et faire partager l’émotion que procure ce personnage. Vu que je suis journaliste de danse c’est pour faire partager mes émotions aux lecteurs et tout l’intérêt de ce personnage à travers différents supports.

Pendant la conférence vous avez mis l’accent sur la capacité de Noureev de transmettre un message, une émotion qu’à travers la danse. Qu’est -ce qu’il faut faire pour vraiment préserver l’héritage de Noureev ? Pour transmettre cette passion qu’il avait pour la danse, ce feu.

Je pense qu’il faut essayer d’avoir la même passion que lui. Travailler sur un personnage comme ça ; ça élève. Je me suis dit à chaque fois « Est-ce qu’il serait content de ce que je fais?» Il était tellement exigeant et l’exigence c’est quelque chose qui est très communicatif. Et du coup montrer l’exigence et la passion. Etre exigent dans sa passion. L’exigence est une belle vertu, je trouve, en tout. C’est une formidable leçon de vie. Il y a une phrase que je reprends souvent quand j’écris des choses courtes sur Noureev. Il n’a pas eu une carrière, il a eu un destin. Ça résume en une phrase. Il n’avait rien pour devenir tout ce qui est devenu. Il ne s’est jamais laissé empêtrer par des gens qui ont pu dire non. Lui, il a dit non à tous ceux qui lui disaient non. Il a eu la volonté, l’exigence et la passion, voilà.

Pendant la conférence vous avez montré différents extraits de ballets. Quels sont les ballets les plus représentatifs de Noureev d’abord en tant que danseur et après en tant que chorégraphe?

Pour moi, je crois que l’une des plus belles choses c’est l’acte II de Giselle avec Margot Fonteyn. C’est sublime je n’ai jamais vu un danseur d’avoir cette ideé-là de nous faire partager ce qui se passait dans sa tête. Il y a un DVD An evening with the royal ballet, où il y a Le corsaire et Les Sylphides avec Margot Fonteyn et ça vous n’avez plus un danseur, vous avez un poète. Vous avez une émotion poétique. C’est extraordinaire. Ce n’est plus un être humain, c’est bluffant. Et puis comme chorégraphe – Don Quichotte. On voit qu’il est non seulement un excellent chorégraphe mais aussi un excellent directeur de danseurs, un excellent comédien parce qu’il est très drôle et c’est un bon réalisateur de cinéma. Ça fait un vrai film. Il y aurait le romantique dans Giselle et Noureev le danseur de demi-caractère qu’il est aussi et Don Quichotte en tant que chorégraphe et réalisateur.

Enfin, est-ce que vous pouvez dire quelques mots aux admirateurs de Noureev ?

J’ai plutôt envie de dire quelque chose aux gens qui ne connaissent pas Noureev, parce que les admirateurs sont déjà convaincus : Venez voir, lisez et laissez-vous emporter.


A noter:

Exposition « Noureev, l’insoumis », Mairie du 17ème arrondissement, jusqu’au 9 juillet 2014. Entrée libre.

DOLLFUS Ariane, Noureev, l’insoumis, FlammarionParis, 2007

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‘Man of Tai Chi’ et ‘Side by Side’, le passage de Keanu Reeves à Paris

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Le but de ce post n’est pas de faire l’éloge de Keanu Reeves mais d’une attitude que je n’ai retrouvé qu’en lui, parmi ‘les stars’ d’aujourd’hui. Très souvent quand on assiste à un événement en présence de l’un des acteurs les plus connus au monde on risque d’être subjectifs, surtout si on aime bien la personne. J’espère que j’arriverai à transmettre au mieux mon ressenti pour l’art et la personnalité de l’acteur de plusieurs origines.

Toujours un peu à l’écart des projecteurs et des médias people, Keanu Reeves impressionne avec sa simplicité et son style. Montrant explicitement sont intérêt envers la culture asiatique avec sa participation dans ’47 ronins’ et le film avec lequel il a fait son début de réalisateur ‘Man of Tai Chi’, Reeves part à la recherche d’équilibre dans tout ce qu’il fait. Il ne mène pas forcément une vie d’après les codes de la tradition asiatique. Il essaie de nous transmettre un message à travers cet intérêt et c’est réussi. Dans la vraie vie ce n’est jamais facile de trouver le juste milieu. Parfois il faut dépasser les limites pour se retrouver et trouver notre propre équilibre.

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Man of Tai Chi‘ raconte l’histoire de Tiger Chen, quelqu’un de très ordinaire à premier regard. Livreur, pratiquant parfaitement le tai-chi il se fait recruter par Donaka (Keanu Reeves) pour participer dans des combats clandestins. La relation entre les deux hommes est très intéressante et  beaucoup plus profonde qu’elle n’a l’air. C’est une relation qui nous est révélée petit à petit et qui atteint la culmination avec la fin du film. Il y a toujours une subtilité à présenter l’histoire, chez Keanu Reeves, peu importe s’il le fait en tant qu’acteur ou en tant que réalisateur. Etre fin tout en restant simple, c’est ce qui fait la force de Reeves. Le tai-chi est un art très subtile mais aussi pas très innocent dans sa philosophie et le lien entre le yin et le yang. Le film montre bien la complémentarité ainsi que les contradictions entre les deux catégories.

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Dans ‘Side by Side‘ Keanu joue le rôle du journaliste. C’est un documentaire sur l’industrie du cinéma et la manière de filmer. On montre le passage de la pellicule au numérique et les conséquences qui y proviennent. Il a interviewé plus de cent personnes, que des noms du cinéma comme Scorsese, G. Lucas et beaucoup d’autres. Comment le numérique change les habitudes des spectateurs? Comment le travail des acteurs, des réalisateurs, des directeurs d’images se transforme avec une technologie qui a révolutionné le monde du cinéma il y a quelques années? Ce n’est qu’une partie des questions que Christopher Keneally et Keanu Reeves posent pour donner une image globale de la question à travers les interviews avec les spécialistes.

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Les deux productions ont été présentés dans le cadre de Champs-Elysées Film Festival (11-17 juin), en présence de Keanu Reeves. Une rencontre questions-réponses a suivi les séances. Avec un sens d’humour très intelligent, l’acteur a su répondre à des questions pas toujours faciles de la part des fans. Les deux films sont très parlants, comme le comportement de Reeves est parlant, sans beaucoup de mots mais avec une expressivité peu ordinaire.

Conférence d’Ariane Dollfus sur la vie de Rudolf Noureev

Le post que je m’apprête à écrire depuis deux semaines est enfin arrivé. C’est le deuxième des trois sur l’événement qui rend hommage à Noureev à la Mairie du 17ème. Je ne vais rien dire sur le dernier article de cette série, parce que c’est une grande surprise qui vous attends, préparez-vous pour la cerise sur le gâteau.

Je voulais absolument écrire un article sur la conférence d’Ariane Dollfus qui a eu lieu à la Mairie du 17ème, le mercredi 11 juin. Je tiens à dire la conférence était très diversifiée en termes de contenu. On a pu se rappeler des moments importants de la vie de Noureev mais aussi se rendre compte de l’exceptionnalité de son héritage. C’est ‘le plus grand danseur du monde’, on le sait tous, il a chorégraphié des ballets qui sont toujours dansés à l’Opéra de Paris et non seulement. Je savais qu’il avait révolutionné le monde de la danse en termes de technique et de son esprit de modernité (revaloriser le rôle masculin dans les ballets). Mais finalement, je ne m’étais jamais posée la question ce qu’il avait laissé concrètement aux personnes qui ont travaillé avec lui. Ce soir-là, j’ai compris. Malgré son caractère difficile, sa sévérité dans le travail, Noureev guide toujours les danseurs à travers les conseils qu’il donnait à ses élèves et qui sont transmis aujourd’hui grâce à des personnalités comme Jennifer Goubé.  Ses élèves, de l’European Dance Center, ont montré au public des parties de ballets chorégraphiés par Noureev.

La conférence était très enrichissante au niveau factuel. Ariane Dollfus nous a fait part de petites anecdotes de la vie du danseur mais aussi de faits intéressants pas très connus du public. Le récit était documenté par des extraits de vidéos sur Noureev ou de ses ballets. Le fait que des événements de ce type existent, témoigne de la force que Noureev avait pour ne passer des messages que par la danse. D’après moi c’est l’un des points essentiels de l’art du danseur. Son expression corporelle est hors du commun, il ne suffit que de regarder une vidéo de Noureev quand il danse, pour le voir. Les émotions qu’il transmet ne peuvent pas s’expliquer. Et c’est justement cette impossibilité de décrire qui nous fait revenir sans cesse vers la beauté dont Noureev était le plus grand adepte. Ariane Dollfus a mis l’accent sur ces qualités de Noureev et pour moi c’était la partie la plus forte de cette conférence. Je pense que c’est difficile de choisir des moments de l’histoire de Noureev à mettre en avant à un événement de ce type, mais Ariane Dollfus a capté notre attention d’une manière très fine. C’est de cette manière-là qu’un artiste et son art peuvent rester vivants. Attendez le post suivant sur le sujet, vous serez content(e)s!

Ci-dessous, l’une de mes vidéos préférées de Noureev.

« Noureev, l’insoumis » à la Mairie du 17ème

 

Brochure de l'exposition

Brochure de l’exposition avec les photos de Francette Levieux (**)

 

Faire un événement sur Noureev est une entreprise dangereuse.

C’est difficile de faire passer un message dont il était le messager parfait. Parce que quand on parle de Noureev, on rend hommage à la danse. On ne peut pas ne pas aimer la danse quand on admire Noureev. L’art et la personnalité de ce génie n’ont pas besoin d’être mis en valeur. Leur rendre hommage – oui.

C’est à partir de 5 juin que les admirateurs du ballet pourront entrer dans l’univers du géant. Avec des photos de spectacles ou de répétitions, la photographe Francette Levieux a très joliment capté la petite étincelle qui passionnait Noureev. Des regards volés, des sourires fières et une persévérance sans faille – c’est ce qui émane des clichés. La collection de photos est alimentée par des documents d’archives et des articles de presse, on retrouve aussi un costume de danse porté par Noureev et ses chaussons.

Une conférence animée par Ariane Dollfus, l’auteure de « Noureev, l’insoumis » et avec la participation des élèves de l’European Dance Center Paris aura lieu ce mercredi 11 juin à 19h30 à la Mairie du 17ème arrondissement. (vous trouverez un article à la suite de la conférence dans ce blog  jeudi prochain)*.

Le charisme indescriptible du danseur ailé rayonne là où il a laissé ses traces. Son histoire personnelle fascine autant que son art. Né au bord du Transsibérien en 1938 il a grandi à Oufa, la capitale de la Bachkirie. En 1945 sa mère Farida amène le petit Rudolf voir un ballet. Et c’est à ce moment-là que l’aventure commence. Après un début un peu difficile dans le milieu du ballet, il entre à la fameuse école de danse – Kirov. Pendant une tournée de la troupe à Paris, il y reste en demandant un asile politique. A 22 ans. La vie de Noureev est marquée par la danse, il fait des rôles comme celui de Don Quichotte, Armand de la « Dame aux camélias » auprès de Margot Fonteyn, Apollon, le prince de la « Belle au bois dormant’ et beaucoup d’autres. En 1983 Noureev est nommé à la tête du ballet de l’Opéra de Paris. Ces magnifiques chorégraphies sont toujours représentées sur scène parisienne, notamment Le Lac des Cygnes et Casse Noisette. Noureev a bouleversé le monde de la danse avec sa vision moderne, en mettant en valeur le côté dramatique dans ses ballets pour une vision plus complète des œuvres. Utilisant plusieurs styles il a donné un nouveau souffle à la danse et en a aussi revalorisé le rôle masculin.

C’est avec Noureev que j’ai découvert ma passion pour le ballet. J’ai adoré son rôle dans « La Belle au bois dormant » et je suis restée captivée par son art. L’exposition à la Mairie du 17ème suscite beaucoup d’émotions et rend un bel hommage à ce grand homme. Vous pouvez aussi consulter le site de la Fondation Rudolf Noureev qui est très beau et très complet. Et vous, comment avez-vous connu l’art et la personnalité de Noureev?

 

 


Exposition du 5 juin au 9 juillet 2014 à la Mairie du 17ème arrondissement de Paris. Entrée libre.

**Vous pouvez trouver la brochure sur le site de la Mairie du 17ème

*Vous trouverez le programme complet des événements consacrés à Noureev sur le site de la Mairie du 17ème : http://www.mairie17.fr

A bord de l’Orient Express

L’Institut du Monde Arabe et la SNCF nous font découvrir l’histoire du fameux train qui reliait l’Occident et l’Orient, et qui inspirait des écrivains en faisait voyager l’élite de l’époque. L’exposition retrace le trajet de l’Orient Express mais aussi les caractéristiques d’une époque marquée par la révolution industrielle et la guerre.

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Le mythe de L’orient Express a toujours suscité un grand intérêt même pour ses contemporains. Ce train de voyage luxueux était l’un des cadeaux les plus précieux que Georges Nagelmackers a pu faire à l’Europe, après son voyage aux Etats-Unis en 1869, pendant lequel il découvre les wagons-lits. C’est en 1876 qu’il va fonder la Compagnie Internationale des wagons-lits, qui va mettre le début d’une longue aventure, celle de l’Orient Express.

Le premier voyage que le fameux train a effectué était entre Paris et Varna, en Bulgarie. De là une correspondance en bateau se faisait pour rejoindre Constantinople.

Le trajet de l'Orient Express

Le trajet de l’Orient Express

Nagelmackers était visionnaire dan son approche. Ce premier voyage, était un voyage de presse, avec des écrivains et des journalistes à bord. Il s’était rendu compte que la communication était très importante et donc, a fait des affiches et des réclames pour son oeuvre. Très vite le train est entré dans les conversations des gens et les faisait rêver.

Affiche de publicité de l'Orient Express

Affiche de publicité de l’Orient Express

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L’Orient Express dans la presse

Le train proposait beaucoup de services à ses voyageurs – des wagons-lits, un restaurant, un salon où on pouvait danser. Lawrence d’Arabie, Ferdinand Ier de Bulgarie, Marlène Dietrich, Mata Hari, Agatha Christie ou encore Serge de Diaghilev font partie des célébrités qui voyageaient avec l’Orient Express. Un grand bijou, le train assurait le confort des passagers.

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Dans la voiture Pullman

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Des décors de bois raffiné, ornés par René Lalique marquent l’express. Une très jolie reconstitution avec des objets authentiques a été faite pour l’exposition et on peut sentir l’ambiance spéciale du lieu.

Le piano dans le salon du train

Le piano dans le salon du train

Le décor signé René Lalique

Le décor signé René Lalique

 

 

 

 

 

 

 

 

La suite de l’exposition est dans le bâtiment de l’Institut du Monde Arabe. Des petits films avec des images des capitales que le train traverse et son trajet  font partie de la collection ainsi que des affiches de publicité de l’Orient Express, des petits coins des wagons reconstitués, des cartes. Toute une salle est consacrée au Moyen-Orient. La culture orientale était à la mode à l’époque du lancement du train. Des intellectuels créaient des salles spéciales « à la turque » dans leurs maisons et prenaient photos habillés de la même manière. On peut aussi voir des cartes postales, des timbres, des lettres.

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C’est une exposition assez originale et bien présentée qui vaut l’attente. Un accompagnement très sympathique fait partie de la visite des wagons. Elles se font par tranche horaire pour leur bon déroulement dans les couloirs étroits du train. Une personne accompagne chaque groupe en donnant des informations sur les objets et l’histoire des wagons. C’est une expérience à part à ne pas rater.

Paris 1900, revenons à la Belle Epoque ?

 

"Une soirée au Pré-Catélan, 1909 d'Henri Gervex sous forme de carte postale

« Une soirée au Pré-Catélan », 1909 d’Henri Gervex sous forme de carte postale

 

Une époque rêvée renaît sous le toit du Petit Palais, avec l’exposition Paris 1900 – ville spectacle.

Vous êtes-vous déjà posés la question quelle aurait été la face de Paris sans l’exposition universelle de 1899? Pourquoi Paris avait l’image de la capitale européenne de la culture et du luxe? Quels sont les secrets que la Ville Lumière cache derrière sa beauté?

Paris 1900 est une exposition à surtout ne pas rater. Ne serait-ce que pour le fait que les œuvres exposées répondent aux questions évoquées un peu plus haut mais aussi à beaucoup d’autres. Les organisateurs nous mettent à disposition plus de 600 œuvres qui reflètent la Belle Epoque dans toute sa splendeur.

La première salle nous plonge dans l’ambiance de l’Exposition Universelle. Un événement marquant dans l’histoire moderne de Paris. Un événement qui a changé la face de la ville pour qu’elle puisse aujourd’hui accueillir toujours autant de personnes du monde entier. L’Exposition Universelle est un moment important dans l’histoire du Petit Palais, le moment qui fait naître ce bel bâtiment ainsi que son frère – le Grand Palais. La première ligne de métro a été lancée à Paris pendant l’exposition, les gares de Lyon et d’Orsay apparaissent dans le paysage parisien, le pont Alexandre III a vu le jour en faisant hommage à l’amitié franco-russe (Le document original de l »inauguration du pont, fait à la main et très beau, signé par Tsar Nicoals II de Russie fait partie des œuvres exposées). On peut voir des images, des affiches de différents événements organisés pendant l’Exposition, des objets rares et surtout on peut sentir l’émotion et l’émerveillement des gens de l’époque devant des inventions comme l’électricité.

L’art nouveau est un élément important de l’esprit de la Belle Epoque. Toute une salle lui est consacrée, on s’émerveille par exemple devant les bijoux du grand maître Lalique. Des meubles de la période créent une ambiance très authentique. Il ne faut pas oublier la petite collection de tabeaux qui présente les différents courants artisitiques des années 1900 avec Degas, Monet, Renoir ou encore Bouguereau et Rodin.

Après, on est invités à découvrir la garde-robe de la Parisienne  de la Belle Epoque et à comprendre pourquoi elle véhicule l’image du style et de la classe. Plusieurs modèles de robes authentiques (robes de soirée, robes d’été ou de nuit) sont exposés ainsi que des chaussures, des accessoires, du maquillage. Un coin qui ne laisse pas les dames indifférentes.

Quelle que soit la période d’une riche histoire, comme celle de Paris, la manière dont la société s’amuse parle beaucoup des moeurs et de la vie de cette dernière. Un spectacle ne se limite pas à un événement dont le but est de faire les spectateurs s’amuser. En tout cas, pas le spectacle parisien. Il est riche et coloré, extravagant et mystérieux. Une partie des secrets nocturnes de la Ville Lumière nous sont révélés dans la salle suivante de l’exposition. La décoration est digne du décor d’un film sur la Belle Epoque. La nuit parisienne cache les sensations et les émotions qui ne sont pas exprimées pendant la journée. Et elles resteront secrètes tant que vous n’allez pas au Petit Palais.

Une dernière salle nous parle des arts de la scène de la Belle Epoque. On trouve des affiches de pièces de théâtre et de cabarets, des artistes célèbres nous sourient des murs du Petit Palais. Des tableaux décrivant la vie parisienne font partie de ce coin qui marque la fin de l’exposition.

Le temps consacré au Petit Palais pour cet événement culturel passe très vite. On accède l’espace d’une époque fascinante dans laquelle  Paris semble encore plus splendide dans sa beauté éternelle.


Plus d’informations sur l’exposition: http://www.petitpalais.paris.fr/fr/expositions/paris-1900-la-ville-spectacle-0

 

Quand on raconte en langue des signes

D’après l’enquête HID 1998-1999 de DREES environ 119 000 personnes utiliseraient la langue des signes en France métropolitaine. J’imagine que ce nombre a augmenté depuis. La langue des signes française (LSF) est enseignée dans quelques universités en France mais aussi dans des centres d’animation et des structures comme International Visual Theatre. Cette structure se positionne comme un laboratoire de recherches artistiques, linguistiques et pédagogiques sur la langue des signes, les arts visuels et corporels. L’IVT a été crée en 1976 et joue le rôle d’un carrefour pour la rencontre entre la culture sourde et entendante, comme ils le disent sur leur site.

J’ai reçu deux places pour l’un des spectacles de l’IVT comme cadeau. Je n’avais pas d’attentes, je ne savais que le spectacle a été traduit en français. J’étais curieuse de savoir comme l’histoire de l’Odyssée va être abordée et représentée. Déjà, il y a une ambiance très chaleureuse qui règne dans cet endroit. On est accueilli avec de grands sourires et de bonne humeur.

Ulysse, les chants du retour est un spectacle joué par quatre personnes, interprétants chacun plusieurs rôles. Il raconte quelques-unes des péripéties qu’Ulysse et son équipage rencontrent pendant leur retour sur l’île d’Ithaque. Pauvre en décors, ce spectacle montre la force de la langue des signes et son expressivité. Accompagnés d’un fond musical de hang drums (un instrument que je viens de découvrir et que j’adore) très fin et chargé d’émotivité, les acteurs nous plongent dans un monde magique.

Nous les spectateurs, on est amenés sur l’île des Kikones, celle des Cyclopes. On rencontre la magicienne Circé, et on se promène sur lîle des Morts. On arrive en Ithaque finalement, fascinés et contents. Avec une grande dose d’humour l’histoire est racontée avec de la finnesse et de la légèreté.

C’était une heure remplie de beauté et de bons images. A vous de se procurer cette belle expérience.

Le spectacle est joué jusqu’au 22 mars au International Visual Theatre, au 7 cité Chaptal dans le 9ème arrondissement de Paris. Vous pouvez trouver toute la programmation du théâtre sur leur site, cité un peu plus haut. En attendant, voici présentation du spectacle qui date de 2012: