Et moi, je choisis le mot « doux »…

Affiche du spectacle

C’est le mot qui décrit au mieux « Les gens d’Oz », ces quelques personnages charmants qui nous envoûtent dans une sorte de réalité émotionnelle au Théâtre de la Colline. Le nouveau spectacle de Galin Stoev, metteur en scène d’origine bulgare (notamment connu pour Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux à la Comédie Française (2011), Tartuffe de Molière à la Comédie Française (2014) et d’autres); met en honneur la conversation comme un outil dramaturgique. La simplicité des décors et l’absence d’une action dramatique permettent d’accéder aux jardins secrets des personnages grâce au texte magnifique de Yana Borisova, auteur dramatique bulgare.

Erwin, Sart, Mia et Truman ont chacun une relation particulière avec l’écrivain Anna, une auteur à succès qui a arrêté d’écrire depuis 10 ans. Solitaire et pas très accessible, Anna fascine les personnages d’une manière ou d’une autre: la voisine parfaite pour Erwin, la femme mystérieuse pour Sart, l’idole pour Mia et…la co-habitante confidente de Truman. Les conversations que les personnages mènent sont intimes et profondes d’un point de vue sentimental mais très légères et simples dans leur forme, ce qui permet aux spectateurs de se retrouver dans le texte et faire leur propre lecture de la pièce.

Le spectacle nous incite à réfléchir à la notion d’intélligence émotionnelle, une qualité à laquelle tout le monde aspire. Différentes expériences et émotions caractérisent chacun des personnages à différents moments de la pièce et c’est l’une des richesses du spectacle.

Pourquoi je choisis le mot « doux » ? Vous allez comprendre en allant faire connaissance avec les gens d’Oz et leur jeu d’intéractions plein de sens, d’humour et d’émotion.


Les Gens d’Oz de Yana Borissova, mise en scène Galin Stoev, du 3 mars au 2 avril 2016 au Théâtre de la Colline, Paris 20ème.

Source photo : site du Théâtre de la Colline

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Livres, films, musique et de bons souvenirs pour accueillir l’automne

Après une longue absence consacrée aux vacances mais aussi à des obligations, je reviens ici, sur mon blog, pour continuer à m’exprimer sur ce qui me tient à coeur.

J’ai choisi à parler, dans ce premier post de la rentrée, des moments culturels qui m’on marqué pendant l’été, mais aussi des événements actuels dont vous pourrez profiter si vous le voulez.

#voyage Grèce Antique | Chaque voyage dans un pays étranger est un petit exploit. Marcher sur les pas des héros de la mythologie grècque est une vraie découverte surtout pour ceux qui aiment l’histoire et encore plus pour les « explorateurs » de tous les jours. Ce qui rend la Grèce charmante est la beauté mystérieuse qui l’entoure. La mythologie est une sorte de receuil de belles histoires d’honneur, d’amour, de bravoure, de sentiments. Chacun décide s’il y adhère ou pas mais c’est cette mythologie qui a plus ou moins donné naissance au berceau de la civilisation moderne. On y trouve des temples, des monuments bâtis pour honorer des dieux, des héros mais dans lesquels des personnages historiques ont mis les pieds. Ce mélange de fiction et de réalité historique fait de la Grèce un endroit fort intéréssant à visiter.

Site archéologique de Delphes, Grèce

Site archéologique de Delphes, Grèce

#livre Voyage vers soi et Déviation de Blaga Dimitrova | On dit que Voyage vers soi est un roman d’amour mais en fait c’est beaucoup plus que cela. Le titre du roman est très bien choisi, parce que l’auteure se découvre à travers ses liens avec les autres. Dans son voyage elle apprend à aimer mais aussi à trouver un chemin vers soi qui va l’aider à comprendre ce qu’elle veut de la vie. C’est un roman très psychologique  qui sort de la trivialité. On retrouve un style très fin qui aide beaucoup à passer les messages voulus. L’histoire se déroule pendant l’époque soviétique en Bulgarie ce qui donne une touche « exotique » au roman. Traduit à plusieurs langues dont le français, le roman sorti en 1965 est emblématique pour l’oeuvre de Dimitrova. L’une des thématiques principales dans l’oeuvre de l’auteure est celle du temps. Le temps dans toutes ses dimensions : le temps qui passe et qui s’arrête, le temps qui est témoin de l’histoire, le temps selon lequel chacun vit intérieurement et le temps réel. Déviation (1967) raconte l’amour mais toujours différemment de ce qu’on attend. Il y a deux personnes dont les histoires se mêlent et s’éloignent mais dont le rapprochement a créé une bulle dans le temps. Une bulle de laquelle les personnages puisent et recréent des souvenirs qui les ont marqué à jamais. Ce sont des livres que vous pouvez trouver chez des antiquaires ou sur Internet, mais cela vaut la peine.

#musique Strut de Lenny Kravitz | Le nouvel album de Kravitz qui vient de sortir booste le corps et l’esprit. Les morceaux sont vivantes, comme d’habitude dans un mélange de styles et donnant envie de danser. Pas surprenant d’une oeuvre signée LK. Découverte de l’album sur Spotify ou pendant la tournée européenne de l’artiste, surtout à Paris Bercy le 23 novembre prochain.

#film Saint Laurent de Bertrand Bonello | YSL revit grâce à Gaspard Ulliel. Le jeune acteur convainc avec son jeu d’un acteur confirmé. Les gestes, les regards même l’articulation des mots qu’il prononce sont très réussis. La vie du couturier n’a pas été facile, en passant par les dépressions, la drogue, l’alcool il s’est crée une image assez controversée mais qui n’a fait que confirmer son génie d’artiste. Le film passe encore au cinéma, je le recommande fort ainsi que sa bande son.

Ne trouvez pas que ce sont de bonnes solutions pour accueillir l’automne ? Et vous, qu’est-ce que vous allez me proposer ?

San Francisco Ballet à Paris

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Cette année les acteurs principaux dans les Étés de la Danse, événement organisé par le Théâtre du Châtelet, sont les danseurs de San Francisco Ballet. La compagnie, dirigée par Helgi Tomasson, est à Paris pour une deuxième fois (première fois en 2005) pour marquer le 10ème anniversaire des Étés de la Danse. L’événement a fait du bruit parmi les amateurs et les spécialistes  avec, dans la programmation, des chorégraphes comme Balanchine, Robbins, Ratmansky, Wheeldon, Tomasson. Toutes les soirées du 10 au 26 juillet sont composées de trois ou quatre chorégraphies de maximum 30 minutes chacune.

J’ai eu la possibilité de voir trois des neuf premières pour la France, dans la soirée de 18 juillet, notamment Classical Symphony d’Yuri Possokhov, Ghosts de Christopher Wheeldon et Piano Concerto #1 d’Alexei Ratmansky. Je ne vais pas m’arrêter sur chacune des quatre chorégraphies (Chaconne pour piano et deux danseurs de Helgi Tomasson faisait aussi partie du programme). Je vais vous présenter mes deux coups de cœur, tout d’abord parce que je suis très loin d’être spécialiste et après j’aimerais partager une impression plutôt que de faire une description du spectacle.

Je mets à la deuxième position dans ma liste de cette soirée, la création d’Alexei Ratmansky, Piano Concerto #1. Les pas de deux interprétés par Yuan Yuan Tan et Damian Smith et Maria Kochetkova et Victor Luiz  étaient impressionnantes. On a pu sentir l’exigence de cette création au niveau de la technique avec des mouvements complexes et même acrobatiques je dirais. Ce qui, d’après moi, expliquait le choix des justaucorps en couleurs vives pour les costumes. C’était une belle fin du spectacle de ce vendredi.

Pour moi la création la plus marquante de cette soirée était la première en France de Ghosts chorégraphiée par Christopher Wheeldon. Le mot que j’utiliserais pour la décrire serait ‘féerie’. Au fond de la lune les danseurs se profilent avec des pas gracieux à la limite entre l’hésitation de l’inconnu et l’assurance de quelqu’un qui est mort. Il y a une espèce de paradoxe qui rend le spectacle des esprits encore plus originale – les danseurs dégagent une force et une présence aux côtés de la transparence et la légèreté caractéristiques des fantômes. Cette idée était présente pendant les 30 minutes du spectacle. C’était une beauté dansée!

La Symphonie Classique  de Possokhov avec laquelle la soirée a commencé, correspond bien à son nom. C’est une création au fond musical de Prokofiev. La suite était un pas de deux de 10 minutes, créé par Helgi Tomasson et qui, j’aurais bien aimé, aurait pu durer plus.

Pour conclure, j’ai passé une bonne soirée en compagnie de SF Ballet. Si vous aimez la danse, c’est beau à voir.

Quand on raconte en langue des signes

D’après l’enquête HID 1998-1999 de DREES environ 119 000 personnes utiliseraient la langue des signes en France métropolitaine. J’imagine que ce nombre a augmenté depuis. La langue des signes française (LSF) est enseignée dans quelques universités en France mais aussi dans des centres d’animation et des structures comme International Visual Theatre. Cette structure se positionne comme un laboratoire de recherches artistiques, linguistiques et pédagogiques sur la langue des signes, les arts visuels et corporels. L’IVT a été crée en 1976 et joue le rôle d’un carrefour pour la rencontre entre la culture sourde et entendante, comme ils le disent sur leur site.

J’ai reçu deux places pour l’un des spectacles de l’IVT comme cadeau. Je n’avais pas d’attentes, je ne savais que le spectacle a été traduit en français. J’étais curieuse de savoir comme l’histoire de l’Odyssée va être abordée et représentée. Déjà, il y a une ambiance très chaleureuse qui règne dans cet endroit. On est accueilli avec de grands sourires et de bonne humeur.

Ulysse, les chants du retour est un spectacle joué par quatre personnes, interprétants chacun plusieurs rôles. Il raconte quelques-unes des péripéties qu’Ulysse et son équipage rencontrent pendant leur retour sur l’île d’Ithaque. Pauvre en décors, ce spectacle montre la force de la langue des signes et son expressivité. Accompagnés d’un fond musical de hang drums (un instrument que je viens de découvrir et que j’adore) très fin et chargé d’émotivité, les acteurs nous plongent dans un monde magique.

Nous les spectateurs, on est amenés sur l’île des Kikones, celle des Cyclopes. On rencontre la magicienne Circé, et on se promène sur lîle des Morts. On arrive en Ithaque finalement, fascinés et contents. Avec une grande dose d’humour l’histoire est racontée avec de la finnesse et de la légèreté.

C’était une heure remplie de beauté et de bons images. A vous de se procurer cette belle expérience.

Le spectacle est joué jusqu’au 22 mars au International Visual Theatre, au 7 cité Chaptal dans le 9ème arrondissement de Paris. Vous pouvez trouver toute la programmation du théâtre sur leur site, cité un peu plus haut. En attendant, voici présentation du spectacle qui date de 2012:

Une 2014 en chaleur

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On dit que la nouvelle année sera telle qu’on l’accueille. On dit aussi qu’il faut envoyer celle qui s’écoule d’une manière qu’on soit contents de ce qu’on a atteint et bien sûr oublier les erreurs des 12 derniers mois et essayer de ne pas les répéter pour les 12 prochains.

Ces jours de fêtes étaient très joyeux pour moi, avec ma famille et mes amis, autour de la table soigneusement préparée. Cette année l’esprit de Noël m’avait envahi assez tôt, j’étais très impatiente de rentrer dans mon petit pays avec le coeur ouvert pour la chaleur familiale malgré le froid hivernal. Il y a une belle tradition en Bulgarie, la personne la plus âgée de la famille fait tourner la banitsa (l’un des plats traditionnels bulgares, qui ressemble à un gâteau salé avec du fromage) dont chaque part est ornée avec un porte-bonheur (un papier avec une phrase qui résume ta chance pour la nouvelle année). J’étais une grande chanceuse pour ce tour : j’ai eu la santé, l’amour et le succès.  C’est cela le but de cette tradition, donner de l’espoir pour une belle année à venir.

Je suis contente que 2013 était une année pleine de nouveautés pour moi, dans laquelle j’ai fait de bons amis dans une ville magnifique et j’étais saine et sauve ainsi que ma famille.

Je sens que la nouvelle 2014 sera marquée par la chaleur, celle de l’esprit et du coeur, celle qui promet la tranquilité, la joie et le bonheur de la vie. Il ne faut pas oublier que la beauté est partout, il ne suffit que de l’apercevoir.

Bonne année 2014! Je vous souhaite qu’elle soit belle et joyeuse, marquée par la santé, l’amour et le succès! Qu’elle soit chaleureuse et tranquille!

Il y a quelque chose qu’hier encore n’existait pas…

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Comme pour chaque grand événement culturel qu’on s’apprête à voir, on a toujours un nombre d’attentes considérables sur ce qu’on veut voir et la manière dont on l’imagine. Je me suis rendue compte qu’il ne faut pas trop s’informer avant de voir un fameux spectacle comme la Belle et la Bête. Je craignais le kitsch et le degré élevé de ‘pour enfants’ mais finalement il n’y avait rien de tout cela. C’était un moment merveilleux passé dans une bonne ambiance, celle du théâtre Mogador.

Pendant presque trois heures on ne pense qu’à l’histoire et à l’évolution de celle-ci. Ces trois heures sont coupées de la réalité pour nous  offrir un moment magique. Et si vous n’avez pas touché à une histoire de Disney depuis longtemps, ce spectacle peut remonter le souvenir de la sagesse que ces contes transmettent. Il faut voir au-delà des apparences pour découvrir l’essentiel, dit la morale de l’histoire éternelle de la Belle et la Bête. Et je peux dire que ce musical vaut aussi les apparences, même beaucoup. Les décors sont somptueux ainsi que les costumes des acteurs. Les effets de lumière et de son sont si subtiles qu’à des moments on a l’impression que les étoiles sont vraies, mais aussi les paillettes et la grande lune. On reste impressionnés par le maquillage de la Bête qui est un vrai chef-d’oeuvre. Le moment où il se transforme en prince est assez bien assuré, je ne révèle pas.

Le jeu des acteurs est impeccable. Presque tous les spectateurs étaient conquis par le charme du personnage de Lumière, joué par Dan Menasche, ainsi que celui de Gaston, interprété par Alexis Loizon. Une grande dose d’humour nous amuse notamment provenant de ces deux personnages et rend l’histoire, à la base assez sombre, très équilibrée.

En conclusion, si l’esprit de Noël ne vous a pas encore envahi, ce spectacle pourrait vous rendre la croyance un peu naïve en Père Noël dont on a parfois tous besoin. Vous allez sûrement sentir la magie des fêtes à travers la magie de la Belle et la Bête et leur château enchanté. Voilà une petite préparation.

Vous pouvez vous informer sur le spectacle en visitant son site Internet officiel en lien dans le premier paragraphe et sa page Facebook.

L’éventail ou la touche ultime d’une autre Beauté

C’est au 8 rue Elzévir que le Musée Cognacq-Jay a consacré trois salles de ses locaux à l’exposition ‘Le Siècle d’or de l’éventail, du Roi Soleil à Marie-Antoinette’. C’est une exposition qui n’impressionne pas par la quantité des œuvres exposées mais par leur qualité. La mise en valeur d’un objet de pas très grande utilité vous diriez? Je vais vous contredire en disant que si!, l’éventail n’est pas un objet ordinaire, c’est un outil de communication, comme vous allez le voir si vous visitez l’exposition, assez subtile mais, aussi un accessoire important dans la garde-robe d’une femme qui se respecte.

C’est pendant la Renaissance que l’éventail va être importé en France, mais la période qui fait de Paris la capitale de cet objet artisanal, est celle de XVIIIème siècle. Les éventaillistes français se servaient de matières très fines comme l’ivoire, l’or, l’argent, l’écaille et bien sûr des pierres précieuses pour élaborer les plus beaux éventails de toute l’Europe. Très somptueux, mais extrêmement fragile, l’éventail devient aussi un objet de communication sociale parmi la haute aristocratie de XVIIIème siècle notamment avec les scènes dessinées qui y sont représentées. Les thématiques peuvent être très diverses: des scènes de bataille, des événements marquants la période de l’élaboration, des mythes de l’Antiquité comme celui de Cléopatre, ou de Pygmalion et Galatée, des illustrations d’œuvres éternelles de la littérature comme celui de Don Quichotte, des scènes d’amour ou des paysages de pays exotiques, des portraits. L’exposition nous montre aussi qu’avec le temps on aperçoit une évolution dans l’élaboration avec les éventails pliables, les éventails loupes mais aussi dans les thèmes avec ce qu’on appelle les éventails coquins avec un côté assez érotique que je vous laisse découvrir en visitant l’exposition ;). Elle montre l’excellence de ces artisans et leur rend hommage.

On voit des œuvres d’une extrême finesse et précision des détails. Mais…finalement on se demande si le but caché de cette exposition n’est pas de nous suggérer que la touche finale de cette oeuvre d’art, qui est la manière dont la femme la porte, ne fait pas sa vraie beauté mystérieuse? Parce qu’à vrai dire c’est la grâce avec laquelle on porte l’éventail et l’importance qu’on lui donne qui captent l’attention sur l’objet.

Cette petite réflexion sur le fusionnement (dont les limites sont floues) de l’esprit fin avec le bel objet, m’a fait penser à l’époque moderne. C’est comme si avec le temps on a perdu la subtilité de la communication interpersonnelle. Avec les nouvelles technologies et Internet on oublie le vrai échange. On joue avec le temps et la distance mais on n’arrive pas à jouer avec le fond, avec ce qui rend une conversation intéressante. Je voudrais citer Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS, qui dit: « Pourtant si depuis cent ans le progrès technique dans les technologies de communication est considérable, est-ce pour autant que les hommes se comprennent et se tolèrent mieux ? Il y a hélas peu de rapport entre le progrès scientifique et technique, indéniable dans le domaine de l’information et de la communication et le « progrès » des hommes vers plus de compréhension.« 

Absolument d’accord avec lui, je laisse les réflexions à vous.

Informations pratiques: Vous pouvez visiter la belle exposition ‘Le Siècle d’or de l’éventail, du Roi Soleil à Marie-Antoinette’ jusqu’au 2 mars 2014 au musée Cognacq-Jay, 8 rue Elzévir dans le 3ème arrondissement de Paris